Le retour du roi

L’écrivain Thierry Maulnier prétendait que l’actualité de la monarchie n’appartenait à aucune époque; elle serait en raison de la transcendance parfaitement intemporelle. Face aux enjeux et défis de demain, la question du retour d’un roi de France se pose de plus en plus, notamment chez les nouvelles générations. Moins d’un Français sur cinq (17%) seraient favorables à ce que la fonction de chef de l’Etat soit occupée par un Roi. La plaie de 1789 ne serait donc pas cicatrisée; la France contre la République, les Français contre les Républicains, l’enracinement contre le déracinement, la transcendance contre le marché, la liberté contre l’égalité, la transmission contre l’effacement, l’instruction contre l’éducation, le christ contre les droits de l’homme… L’écrivain français rappelait ainsi la division certaine du pays et soulignait l’intemporalité de la monarchie française de droit divin, laissant encore le doute chez les jeunes générations sur le destin de la République et de la France.

Selon un sondage de l’institut BVA, effectué fin août 2016, « 29% des Français pourraient voter pour un candidat royaliste au premier tour de l’élection présidentielle, soit une progression de 9 points depuis 2007 » et « 5% le feraient certainement ». Ce qui est plus spectaculaire encore ce sont les 39% de Français qui pensent que le retour d’un roi, Chef d’Etat, auraient des conséquences plutôt positives pour l’unité nationale (+16 pts par rapport à 2007) et les 37% qui pensent que cela favoriserait la stabilité du gouvernement (+14 pts). En ce qui concerne l’image de la France dans le monde, elle serait améliorée pour 31% des sondés (+7 pts), tandis que la place de la France dans l’Union Européenne le serait pour 24% (+4 pts) et les libertés individuelles seraient renforcées pour 22% d’entre eux (+5 pts). Pour les sympathisants de droite, la monarchie aurait des conséquences plutôt positives pour la stabilité du gouvernement (51%) et pour l’unité nationale (50%). Ces scores montent chez les sympathisants du Front National, à 53% pour une meilleure stabilité du gouvernement et 55% quant aux bénéfices pour l’unité nationale. Mais il se trouve également 20% d’électeurs de gauche plutôt favorable au retour d’un roi.

Citation de Thierry Maulnier – parution en 1935

Au carrefour de l’histoire où elle est parvenue, la France incertaine et divisée doit choisir. Nous avons dépassé le terme de ce que l’on peut appeler l’ère heureuse de la décadence. Le laisser-aller, l’improvisation, le désordre ont épuisé leur crédit sur les générations à venir ; les sursis accordés aux fautes des hommes par la lente justice de l’histoire sont venus à expiration. Ce sont les Français d’aujourd’hui, ceux qui sont parvenus, ceux qui parviennent à l’âge d’homme, qui paieront dans peu d’années ou de mois le prix des fautes commises, s’ils ne savent pas y parer. Quand la vie nationale est menacée dans ses sources mêmes, elle ne sauve plus que par le sursaut qui s’attaque aux principes du mal. Dès maintenant, il n’est plus permis de choisir entre la facilité et l’effort, entre la mollesse insidieuse des déclins tranquilles et les dures reconstructions. Si nous ne choisissons pas de réagir et de renaître, il nous faut choisir de sombrer dans la guerre civile et dans l’invasion. La situation de l’Europe, la misère représente, la guerre possible, nous annoncent que l’abaissement de la France ne serait pas paisible. De telles menaces doivent nous remplir d’espérance et de courage : puisque l’époque de l’inaction et de la douceur de vivre est passée, faisons en sorte que la rudesse de ce temps soit féconde ; les efforts, les risques de la renaissance ne sont pas plus grands, ils sont plus beaux que ceux de l’agonie.

Nous ne sommes plus, du reste, au temps où la solidité des biens, la rareté des échanges, la spécialisation des activités mettaient une grande partie de la nation à l’abri des malheurs publics. Nous ne sommes plus au temps où une crise ne frappait qu’une industrie, où une défaite ne frappait que les armées, où les grandes catastrophes n’atteignaient la nation que dans telle de ses classes ou de ses provinces.   Les   formes   nouvelles   de   l’économie   et   de   la   guerre   rendent   les   intérêts particuliers plus solidaires que jamais de l’intérêt général. Ce qui menace la France menace d’abord chaque Français dans ses plus personnelles espérances et dans sa liberté la plus secrète, dans son indépendance et dans sa vie. Le monde où nous vivons ne nous fera pas grâce : nous devons ou le changer ou périr. Il n’est plus possible de choisir l’état et l’individu, l’intérêt des particulier et l’intérêt général. Sans doute, ils sont l’un à l’autre étrangers et antagonistes, et l’un contre l’autre il faut les défendre. Nous voyons aujourd’hui les féodalités économiques de la finance et des trusts imposer à l’individu la domination la plus despotique dans le même temps qu’elles dissocient l’état et l’affaiblissent. Ce qui affaiblit l’état ne libère point les individus, ce qui contraint les individus n’accroît pas la solidité et la grandeur de l’état. Les événements montrent aux défenseurs de l’ordre et aux défenseurs de la liberté, si longtemps opposés, que leur cause est commune. L’autorité doit lutter contre les tyrannies usurpatrices. La liberté a besoin d’ordre.

Créons la nouvelle société qui saura les unir. Le libéralisme démocratique abandonne la puissance aux ambitieux les plus habiles ou aux fonctions les plus nombreuses. Le libéralisme économique abandonne la puissance aux aventuriers d’affaires et aux financiers bien pourvus ; et les usurpateurs de la puissance économique, et les usurpateurs de la puissance politique échangent les subsides, les services et les protections. Ainsi une société qui devrait avoir pour loi suprême le bien commun de ses membres est soumise à tous les caprices de l’opinion et de la réussite, abandonnées au double hasard de la concurrence et de la compétition. Une société qui devrait avoir pour but de donner la paix aux hommes qui la composent n’est plus qu’un vaste champ de bataille, où les meilleurs ne triomphent presque jamais. Lutte des partis, lutte des classes : le jour viendra où il apparaîtra inconcevable qu’une société ait pu tolérer ces conflits abominables que dis-je ? Les tolérer : en vivre, et les justifier. Or, qu’on le remarque bien : que ces luttes restent indécises, ou que triomphe une des forces en présence, le désordre reste le même. La tyrannie n’est que la conclusion tirée de l’anarchie par les plus nombreux ou par les plus forts et celle du nombre, et celle de l’argent sont de toutes le plus barbare. L’anarchie et la tyrannie ne sont que les fruits naturels d’une société qui trahit sa mission et laisse ses membres livrés à eux-mêmes. L’état présent de notre pays et du monde vérifie durement les jugements de l’intelligence, et nous rappelle que, politiquement et socialement, l’anarchie et la tyrannie ne font qu’un. Politiquement et socialement : là encore, y a t-il deux problèmes ? Longtemps, on a pu le croire et l’on voit encore aujourd’hui de prétendus « défenseurs de l’ordre » en politique qui se font, en économie, les apologistes du désordre. Rien n’est plus ridicule que de voir les mêmes hommes affirmer qu’il est néfaste de laisser l’homme livré à lui- même politiquement, et qu’il est bon et salutaire de le laisser livré à lui-même dans son activité économique. Qu’on le veuille ou non, l’ordre politique, l’ordre économique et social sont solidaires. L’ordre économique sans l’ordre politique est impossible, puisque nulle force ne l’impose. L’ordre politique sans l’ordre économique et social est despotique, puisqu’il n’est que la force mise au service des privilèges et des abus. Assez de ces hypocrites défenseurs de l’ordre politique, qui plaident pour le désordre en économie, et ne voient dans l’ordre politique que le moyen de perturber une anarchie sociale qui fait leurs profits et leur puissance. L’état présent du monde suffit à nous montrer que le temps de ces conservateurs est passé.

Le problème de l’état et celui de l’individu, le problème de la liberté et le problème de l’ordre, le problème politique et le problème social doivent être résolus en même temps. Gardons-nous de simplifier. La Russie soviétique a soulevé dans des millions d’hommes l’espoir d’une société harmonieuse et de la libération humaine. Mais en confisquant à l’homme le domaine autonome et sacré de son activité personnelle, elle ne fait que le livrer sans recours à la tyrannies collective, et rétablit, au profit d’une nouvelle caste des bureaucrates, de partisans et de techniciens élevée sur les débris des anciennes élites exterminées, le pouvoir sans contrôle et la vieille servitude humaine dont elle avait fait entrevoir la fin. D’autres nations croient venir à bout des divisions dont périt la société moderne en pliant l’activité de chacun au contrôle absolu de l’état autoritaire et en imposant à tous, patrons et ouvriers, riches et pauvres, le service de la communauté et la dictature de l’intérêt général. Est-ce cela que nous voulons ? Que les défenseurs de tels régimes prétendent avoir éliminé toute opposition n’est pas ce qui nous rassure. L’unanimité dont ils se réclament leur permet d’exclure de leur communauté, de condamner comme des criminels d’exception et de vouer à une véritable mort civile tous ceux qui ne leur apportent pas une adhésion active et un concours effectif. Nous ne voulons pas d’une France où les citoyens n’auraient d’autre garantie de vie et de liberté que leur conformité au sentiment de la masse. La domination du nombre organisé et militarisé n’en est pas moins la domination du nombre : la cohésion de la nation nouvelle, que nous voulons construire, ne doit pas être imposée, par la suggestion ou par la force ; elle sera dans l’équilibre, dans le respect des droits et des intérêts de chacun.

Il est trop facile de créer l’ordre par la destruction de la liberté, l’autorité par un pouvoir unique et sans contrôle. Il est plus malaisé d’imaginer un pouvoir capable d’assurer l’ordre économique et l’ordre politique sans brimer l’indépendance et l’initiative de chacun. Tâche délicate, que seul peut remplir un régime délivré de la démocratie. Ou la démocratie est divisée, et son pouvoir est faible. Ou, pour être forte, elle est unanime, et cette unanimité ne peut être obtenue que par la violence ou le mythe. Ces difficultés ont été dépassées du jour où l’on a compris que les citoyens ont besoin non de régir en maîtres en maîtres bernés et dupés l’activité publique, mais d’exercer dans la sécurité et la liberté leur activité privée non de souveraineté, mais d’indépendance ; non d’exercer le pouvoir, mais d’informer le pouvoir de leurs besoins, et d’être protégés contre ses abus. Une des grandeurs de la monarchie est de ne point céder à la rage d’unification qui sévit dans tous les régimes autoritaires, d’opposer à l’absurde monisme social qui fait que tout émane de l’état ou tout des individus le sage dualisme qui sépare les individus et l’état dans leur rôle, et restitue chacun à ses justes fonctions. Le citoyen, pour être libre, n’a pas besoin de s’identifier à l’état ; l’état, pour être fort, n’a pas besoin d’anéantir les libertés civiles. L’ordre social véritable exige avec la même rigueur des individus prémunis contre l’incohérence et l’impéritie du suffrage. Seule, la monarchie, indépendante su suffrage, peut réaliser l’apparent miracle du citoyen libre dans l’état souverain. Le Français […] comprendront-ils que l’autorité doit être placée assez haut pour que les tyrannies particulières ne puissent plus la duper, la maîtriser, et la corrompre ? Comprendront-ils que la liberté véritable, celle qui n’est point enfermée dans un bulletin abstrait et sans pouvoir, celle qui est dans l’activité sociale et personnelle quotidienne, dans la pensée, dans les foyers, dans la disposition intégrale des instruments et des produits du travail, celle qui est approuvée et vécue tous les jours, ne peut être vraiment garantie et sauvée que par cette autorité-là ?

Le cruel déséquilibre d’aujourd’hui nous astreint à chercher dans une formule nouvelle le difficile accord des intérêts, de la dignité, de la liberté de chacun avec l’ordre et le bien publics. Songeons qu’il y a dans chaque homme une part que l’homme entend garder pour lui-même et qu’il refuse légitimement au dévouement collectif. Songeons qu’il y a dans le gouvernement de toute société humaine une part qui échappe, par la grandeur des intérêts, la subtilité des moyens, l’ampleur des prévisions, aux possibilités, aux capacités d’un homme privé. Saurons-nous renoncer, une fois pour toutes, à imposer à ce qui est de droit individuel les exigences collectives, à ce qui est collectif par nature l’égoïsme ou l’aveuglement, les contradictions des individus ? Une formule se propose d’elle-même, semble-t-il, à l’esprit : celle d’un état assez personnel pour échapper à la foule sans prévision et sans mémoire, pour apporter à la gestion de l’intérêt public les vertus individuelles de responsabilité et de liberté ; celle d’un Chef, amis d’un Chef que son intérêt le plus haut, sa formation, sa fonction égalent à la collectivité elle-même au point que les deux destins se confondent. D’un chef dont l’intérêt personnel se perde assez exactement dans l’intérêt général pour qu’il puisse reprendre la formule du désintéressement politique suprême : l’état, c’est moi. Il faut que ce Chef ne puisse être un aventurier ambitieux, ou le favori d’une foule, ou le représentant d’une classe. A cette condition il pourra être […] comme l’exige la plénitude de son rôle, le Protecteur de son peuple et l’arbitre entre les forces qui s’y affrontent. Il faut que nul parti politique ou féodalité financière ne puisse lui poser la question des grands vassaux à la monarchie naissante : qui t’a fait roi ? Il faut qu’il soit assez indépendant de toutes les forces du pays ou de l’étranger pour ne devoir à aucune de ces forces reconnaissance ou obéissance. Il faut qu’il soit assez haut au- dessus de tous les intérêts pour n’en servir aucun. La véritable dignité, la véritable efficacité, la véritable humanité du pouvoir suprême ne sont que dans la monarchie.

Dans la monarchie seule se concilient, se fondent et sont pareillement utilisées au bien commun, les activités de l’individu, ailleurs tournés contre l’État, et les forces de la collectivité, ailleurs toutes portées à opprimer l’individu. Dans la monarchie seule, l’autonomie, l’ingéniosité, la responsabilité d’une action personnelle peuvent jouer naturellement dans l’intérêt de tous. Dans la monarchie seule, ce qu’il y a dans un être humain de plus intelligent, de plus souple, de plus libre coïncide avec ce qui a dans une collectivité humaine le plus de stabilité, de solidité, de permanence. Le Roi est rattaché à son peuple par la double chaîne de son ascendance et de sa descendance, également solidaires de tous les moments de la patrie et, tandis que ce peuple se soucie surtout de sa condition actuelle, le Roi se souvient et prévoit. Le miracle de la Monarchie est dans l’admirable coïncidence qu’elle établit non seulement entre l’Homme et l’État, mais entre l’Homme et l’Histoire, c’est-à-dire entre l’Homme et la réalité profonde et permanente de la nation. Ainsi, pour ceux que le mot de démocratie charme encore, le Roi se trouve être l’élu d’une sorte de Démocratie idéale, celle où le destin de la nation ne coïncide plus avec l’opinion momentanée d’une génération passagère, celle où le Souverain, porté comme à la pointe des siècles, en appelle du présent à l’avenir et au passé, et bénéficie à la fois du suffrage des Français à naître et du consentement des morts. Admirable synthèse, et sans doute la seule possible du personnel et du collectif, de l’autorité et des libertés, de la tradition et du progrès nécessaire, la monarchie s’oppose ainsi aux divisions de notre temps non comme la domination d’une majorité ou d’une caste, mais comme la plus haute expression des intérêts antagonistes ; non comme le gouvernement d’une opinion ou d’une heure, mais comme le plus haut symbole d’une réalité nationale historique dans tous les moments de sa durée. Étant humaine, elle est comme toute institution imparfaite et faillible : elle ne se trouvent pas moins réunies les dernières chances du peuple opprimé, de la liberté menacée et de la patrie en péril. C’est pour nous assez d’espérances.

Thierry Maulnier

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Angelilie dit :

    J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte et blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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