Planche à billets | la filouterie de la BCE

Interrogé par les parlementaires néerlandais le 10 mai 2017, Mario Draghi justifiait l’utilisation du « Quantitative Easing ». Exprimant quelques inquiétudes, les représentants hollandais n’avaient pas hésité à le malmener en le poussant dans ses retranchements au sujet de cette politique monétaire; le député Lammert van Raan s’était d’ailleurs fait remarqué en s’adressant à Mario Draghi, avec une formule qui a sû résumer en quelques mots la situation ubuesque à laquelle la zone euro est confronté :  « You look remarkably calm for someone who issues €2.5 trillion out of thin air… » , « Vous semblez extrêmement calme pour quelqu’un qui a créé 2,5 trillions de monnaie à partir de rien… » . Alors que la planche à billlet de la BCE devait relancer l’économie de la zone euro en période post-crise 2008, elle a non seulement échoué mais elle a aggravé la situation. Les autorités européennes en viennent d’ailleurs à étudier de près un projet consistant à geler les comptes bancaires en empêchant ponctuellement les retraits sur les comptes en banques. La crainte en quelques mots : un Bank-Run entraînant une faillite systémique du système bancaire mondial.

La communication des réformes liées au système bancaire

Rien de plus envoûtant que d’aborder notre système de création monétaire en cette fin de période estivale. Avouons-le ! Il est déjà difficile de retenir l’attention des citoyens sur ce sujet – s’il doit être abordé durant les vacances d’été le flop médiatique est garanti. Bien que les enjeux qu’il suscite soient d’une importance capitale pour les bourses de chacun, on peut constater que les informations sensibles concernant la santé économique et monétaire ont tendance à être diffusé dans une période médiatique creuse, comme si l’on baissait soigneusement la pression d’une bobonne de gaz en passe d’exploser. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est préférable de choisir des périodes où les citoyens peuvent vaquer à leurs occupation, sans qu’ils prennent attention aux réformes les plus techniques et les plus discordantes par rapport à l’actualité du moment; cette dernière qui est censée offrir une information à un public « vacancier » ou à un public préoccupé par les fêtes de fin d’années. Ce sont ces périodes qui sont les plus propices à l’avènement des projets de loi visant à réformer le système monétaire ou visant à le réguler. Souvenons nous de Woodrow Wilson qui promulgua la création de la réserve fédérale américaine le 23 décembre 1913 ou encore de la loi sur la Banque de France promulguée le 3 janvier 1973; ce sont des périodes de l’année où les citoyens se préoccupent davantage de leur repos, de leurs festins ainsi que de leurs repos post-festins et non de l’analyse de bourratives et inextricables réformes, qui ont pourtant un impact important dans leur vie quotidienne. Celles-ci ont donc la particularité d’être très discrètes vis à vis de l’opinion publique, en raison d’un désintérêt évident pour un sujet qui n’attire que les technocrates en manque de complexité – elles sont ainsi  peu abordées et détaillées par la presse généraliste. Actualités trop techniques; elles se recluent le plus souvent dans les oubliettes de la presse spécialisée, afin d’être diffusée en simple « flashinfo » sur BFM Business grâce à une insignifiante dépêche AFP ou Reuters.

Le ton rassurant de la presse spécialisée

Il est de notoriété publique que chaque média se positionne sur sa propre ligne éditoriale. Les médias de la presse économique et financière font chacun de même mais ils ont souvent une règle commune dans l’utilisation de certains éléments de langages. Par exemple, les termes « planche à billet » et « faillite » se trouvent dans la catégorie « Voldemort »; il est peu conventionnel de les employer lorsque l’économie peine à faire décoller le taux de croissance. Il est dans ce contexte plus judicieux d’employer le terme de « Quantitative Easing » et de « crise économique »; à croire que ce soit une affaire de style. Depuis 2008, la « crise » parait longue et certains martèlent que la « crise » est enfin terminé alors que d’autres prédisent que la « crise » est devant nous – difficile de trancher la problématique posée sans avoir près de soi une boule de crystal. Forcé de constater qu’il est difficile pour un média d’endosser la responsabilité d’une aggravation de l’état de l’économie suite à la diffusion d’une information suscitant la « panique ». Cette responsabilité ne doit être assumé que par le politique et non par le journaliste car ce dernier sortirait de son rôle : la diffusion de l’information aurait un impact politique et peut donc être considéré comme une décision politique. Ainsi la politique serait la seule voie légitime à assumer ce délicat sujet, mais encore faut-il que celle-ci prenne à bras le corps les problématiques posées à travers un projet économique et monétaire  cohérent, qu’elle porterait et communiquerait auprès des médias concernés dans le cadre d’événement électoraux. De surcroît la peur du « Banque-Run » créé chez de nombreux établissements bancaires et agences de notation une obsession à sur-communiquer les événements positifs et à sous-communiquer ceux qui sont négatifs. Si 2008 a tué la Lehman Brother, on se demande par quel miracle la Monte Pachi et la Banco Populare esquivent depuis plusieurs mois la case faillite – d’autant plus qu’il existe quelques incertitudes sur l’état de certaines banques allemandes, victimes elles aussi d’une surabondance de créances douteuses dans un contexte d’éloge au « Quantitative Easing ».

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Les éléments de langage ne permettent donc pas de comprendre en profondeur les enjeux qui gravitent autour de la politique monétaire actuelle; il est préférable de rester concret et s’en tenir aux faits qui se sont déroulé depuis la crise de 2008 et ce qui a amené la BCE à promouvoir cette politique de « Quantitative Easing » ; Focus sur son utilisation et ses conséquences sur notre économie et nos comptes en banque.

La mission de Mario Draghi

C’est au 1er Novembre 2011 que Mario Draghi succède à Jean-Claude Trichet à la tête de la Banque Centrale Européenne afin de remplir une mission de la plus haute importance : sauver l’euro ! Dans un contexte de crise de la dette souveraine dans la zone euro, sa nouvelle politique est en rupture avec celle de son prédécesseur; elle consiste avant toute chose à « rassurer les marchés ». Ce dernier élément de langage se justifie par une succession de faits qui ont intrinsèquement conduits à l’aggravation de la crise des subs-primes. « Rassurer les marchés » consistait alors à stopper cette succession d’effets secondaires, qui représentent en quelques sorte une crise de confiance de la part des investisseurs/banques.

  1. Crise des Subprimes | Tout commence par cette crise immobilière outre-atlantique en 2007, où des ménages américains se sont retrouvé dans l’impossibilité d’honorer les mensualités de leurs prêts immobilier, en raison de la baisse des prix de l’immobilier, qui a entraîner par la suite l’augmentation des taux directeurs. Les ménages se sont retrouvés en situation de surendettement et la conséquence fût la saisie de nombreux biens immobiliers, ce qui a accentué le phénomène dans un processus exponentiel. Alors que des banques d’affaires américaines avaient permis de mettre en relation des investisseurs avec ces projets immobiliers sous forme d’obligations; les actifs qui se sont adossés à ces prêts immobiliers se sont rapidement dévalorisés et les pertes ont été considérables pour les investisseurs – beaucoup d’entre eux étaient des établissements européens. Ce sont les produits dérivés (tel que le CDS « Credit Default Swap », contrat d’assurance pour les flux financiers) qui vont obliger ces investisseurs à anticiper leurs pertes potentielles suite aux subprimes. L’exemple de l’assureur britannique AIG est révélateur de l’importance de cette crise; celui-ci affiche un déficit abyssal de 18,5 milliards de dollars au cours de l’année 2008. Grâce à l’appui de la Réserve Fédérale Américaine en septembre 2008, ce sont 182,3 milliards de dollars d’argent public qui seront injectés pour éviter sa chute, et empêcher une propagation comparable à la chute de la Lehman Brothers survenue durant le mois de mai 2008. Ainsi, réinjecter de l’argent public avait « rassuré les marchés ».  
  2. Crise de confiance | Malheureusement ceci aura seulement permis de temporiser la situation car les risques de défaut des produits dérivés et autres crédits « toxiques » se sont répartis sur un large ensemble d’acteurs à travers la « titrisation ». En d’autres termes, personne ne sait exactement qui détient quoi et les banques cessent d’avoir confiance entre elles et de se prêter. Cette « titrisation » ou CDO permet du mutualiser les titres de dettes entre plusieurs acteurs.
  3. Crise de liquidités des banques | Cette défiance entraîne de façon inéluctable un manque important de liquidité dans les établissements ayant investi dans ces placements. Les banques vont donc restreindre l’accès au crédit pour retrouver leurs ratios de solvabilité. C’est pour cette raison que l’économie réelle va connaître un ralentissement constant jusqu’à aujourd’hui – les ménages vont devoir réduire leur consommation et les entreprises auront plus de difficultés à trouver des capitaux pour investir dans leurs projets. La constante injection d’argent public aura lieu en période post-crise 2008 – à partir de celle-ci, la dette publique mondiale croît au rythme de 9,7% par an, alors qu’elle augmentait de 5,8% par an avant la crise. A contrario, la courbe de la dette privée s’inverse. Le financement public sauve les banques mais offre un cadeau empoisonné aux ménages : une dette publique extrêmement lourde.

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    Source : cabinet McKinsey Global
  4. Crise des dettes souveraines | C’est dans ce contexte que l’on peut analyser les conséquences du « Quantitative Easing » de la Banque Centrale Européenne ou plus exactement de cette politique de planche à billets qui consiste à alimenter en liquidité exclusivement les places financières et non l’économie réelle, en rachetant des titres de dettes aux acteurs financiers contre de la dette publique; il est d’ailleurs important de rappeler que le statut de la BCE consiste en partie à lutter contre l’inflation, et que par conséquent cette injection ne s’effectue aucunement dans l’économie réelle. Ces liquidités peuvent arroser l’économie réelle à condition que les banques facilitent les prêts bancaires car c’est à travers eux que les ménages et les projets d’entreprises peuvent jouir de liquidité : ce sont des promesses de dettes. L’injection constant d’argent public dans le but de « rassurer les marchés » en rachetant des titres de dette aux acteurs financiers a considérablement déstabiliser les États du sud de l’UE (Grèce, Espagne, Portugal et Italie) dans leur capacité à assumer cette massive émission de dette publique – les fameux 2,3 trillions de monnaie créé à partir de rien que le député hollandais Lammert van Raan rappelait à Mario Draghi.
  5. Crise monétaire | L’euro n’est pas une monnaie unique. Encore une bataille d’éléments de langages lors des débats autour du traité de Maastricht; les technocrates français voulaient une monnaie unique avec une seule grande banque centrale et les technocrates allemands voulaient une monnaie commune avec une banque centrale par pays. Cette différence peut paraître dérisoire mais elle constitue la compréhension de la crise de l’euro que nous connaissons aujourd’hui. Si nous devions définir l’euro, il faudrait la qualifier d’ensemble de monnaies nationales à parité égale. En d’autres termes, chaque banque centrale a préservé sa monnaie nationale et automatise le taux de change d’une banque centrale à une autre. Si un allemand transfert 10 000€ de Berlin à Paris, une opération enregistrera -10 000€ de créance sur la Bundesbank et une autre enregistrera +10 000€ de créance sur la Banque de France – le système TARGET 2 permet l’égalisation des taux du marché monétaire et dans cet exemple il s’agit d’égaliser 10 000€ en Deutsche Mark avec 10 000€ en nouveau Franc (système de transfert express automatisé trans-européen à règlement brut en temps réel). Les Allemands avaient en effet ardemment souhaité conserver les monnaies nationales afin d’avoir une sorte de « porte de sortie » en cas de dysfonctionnement de l’euro. Ce détail fragilise la zone euro dans la mesure où un pays comme la Grèce est persécuté à la fois par le poids de la dette mais également par les CDS; cette double charge pousse les détenteurs de capitaux à anticiper une explosion éventuelle de la zone euro. Dans cette perspective, les détenteurs de capitaux ayant des créances sur les banques centrales des pays du sud font migrer leurs capitaux de façon à ce qu’ils deviennent des créances sur la Bundesbank ou encore sur la banque centrale du Luxembourg. En cas d’explosion de la zone euro, l’euro grec (Drachme moderne) s’effondrerait à plus de 40% alors que l’euro allemand (Deutsche Mark) se maintiendrait. « Moralité financière » : il vaut mieux détenir des créances sur la Bundesbank que sur la banque centrale grecque. Cette spéculation sur les dettes souveraines provoquent un afflux constant de créances venant des pays du sud vers les pays du nord – ceci accentuant la défiance et transférant des dettes dîtes « toxiques » vers les pays ayant une économie relativement convenable. Aujourd’hui la plupart des critiques faites envers l’Allemagne consiste à reprocher son manque de solidarité dans le cadre de l’Union Européenne. Si on peut reprocher cette attitude à un État, on en oublierait que cette « dette » ne provient fondamentalement pas des États mais d’établissements privés qui ont perdus à un jeux de hasard dans les marchés privés. La raison devrait-elle pousser chaque État à refuser ces dettes ? Quel État serait assez fou pour accepter la dette d’autrui ? Peut-on imaginer un foyer accepter une partie de la dette du foyer voisin ? La raison nous amènerait plutôt à se questionner sur la légitimité et la responsabilité qu’implique cette dette.

Illustration du « Quantitative Easing »

Nous pouvons illustrer cette situation en imaginant une place de marché d’un quelconque village qui a pour habitude d’attirer les habitants des alentours. Les affaires sont florissantes avec des consommateurs qui trouvent leur bonheur et des marchands qui vident leurs étals. Malheureusement ce marché connait des difficultés et les habitants ne peuvent plus se permettre de consommer comme ils le pouvaient autrefois en raison de l’augmentation du coût de leur vie. Les marchands quant à eux se retrouvent avec une quantité de produits qu’ils n’arrivent plus à vendre. C’est dans ce contexte que Mario Draghi intervient et rassure les marchands en achetant tous les produits qui sont sur les étals. Bingo ! Il a réussi à redonner confiance aux marchands qui comptent dorénavant sur lui pour repasser la semaine prochaine afin d’acheter ce que les habitants ne peuvent plus acheter. Si jusque là tout va bien, il est important de préciser que les marchands comptent dorénavant sur le rachats systématique de leurs produits grâce à l’imprimerie de monsieur Draghi. La question à se poser est la suivante : avec quelle garantie l’imprimeur peut-il émettre autant de liquidité ? La réponse à cette question est assez simple lorsque l’on remplace cette imprimerie par la BCE et que l’on admette que la seule garantie de la banque centrale soit la réduction de la consommation des ménages, la baisse des budgets des gouvernements y compris du budget de l’armée, l’augmentation des impôts et évidemment le fameux projet de gel des comptes bancaires des ménages que ce soit à travers l’épargne ou encore l’assurance vie.

La crise de 2008 était spéculative et concernait les activités d’établissements privées ayant investit à perte sur des marchés privés. Alors que les ménages et entreprises n’avaient pas pris part à ces investissements « onéreux » , les établissements ayant enregistrés des déficits abyssaux étaient trop grosses pour tomber; si elles tombaient l’économie mondiale se seraient écroulée. Ceci nous oblige à porter une réflexion sur « la moralisation de la vie financière » et sur cette immunité financière dont les mastodontes ont droit; bien que ce soit la moralisation de la vie politique qui ait la côte en ce moment. Pourtant, chaque citoyen est aujourd’hui confronté à cette dure réalité : un choix politique a été fait sans votre avis et il s’agit de recouvrir la dette privée provenant d’établissements privés par de la dette publique qui ne peut être garantie que par la baisses des budgets de vos ministères, par vos impôts, par vos comptes épargnes, par vos assurances vie et qui sait … par vos comptes en banques. Que les promesses électorales soient tenues ou non tenues, l’austérité est acté et en marche depuis que la BCE utilise sa planche à billets.

 

 

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