Dilemme monétaire : Krach ou Guerre ?

Egon Von Greyerz, expert financier  et fondateur de Matterhorn Asset Management AG (MAM) et de GoldSwitzerland a publié trois analyses le 27 mars 2017, le 13 avril 2017 et  le 22 avril 2017 qui décrivent l’endettement inquiétant des États-Unis et les raisons pour lesquelles l’économie mondiale a été sacrifié depuis un siècle. Au cours des dernières décennies, plus de 2 millions de milliards de dollars de dette, de passifs et de produits dérivés ont été créés à partir de rien; des trilliards de dollars non capitalisés qui ne reposent sur aucune valeur ajoutée réelle. Le choix cornélien est de fait imposé : Krach ou guerre ?

Les États-Unis, un colosse aux pieds d’argiles

Selon lui, la plupart des analystes du marché se soucient de ce qu’annonce à chaque fois la FED pour pallier à la crise économique alors même que les États-Unis se trouvent sur le chemin de la ruine totale. Ils ont produit des déficits depuis plus d’un demi siècle tout en présentant un déficit commercial depuis plus de 40 ans. L’expert financier suisse affirme que ce n’est pas la preuve d’une économie forte lorsque les américains achètent des quantités énormes de nouvelles voitures, en particulier lorsqu’ils le font aux moyens de dettes subventionnées et qui ne seront jamais remboursées. La même chose se passe pour les salaires en baisse, pour le chômage réel de 23% et pour le Real-PIB en baisse (c’est à dire le Produit Intérieur Brut qui représente la valeur ajoutée de tous les biens et services produits). Une seule raison aurait permis aux États-Unis de vivre au dessus de leurs moyens pendant plus de 50 ans; c’est parce que le dollar est la monnaie de réserve mondiale. « Comment le monde peut il faire confiance à une monnaie de réserve qui repose sur la création de dette et de monnaie illimité ? » Selon lui, la seule raison pour laquelle le dollar existe encore est qu’il est fait comme une monnaie commerciale et en particulier pour le pétrole. Au début de 1970, les États-Unis ont conclu un accord avec l’Arabie Saoudite qui était de loin le plus grand producteur de pétrole du monde à l’époque. Contre des armes américaine et la protection, l’Arabie Saoudite vendrait son pétrole en dollar; ce qui signifierait que le monde entier ferait le commerce en dollar : c’était le début du pétro-dollar.

Une monnaie sans valeur

Jusqu’en 1970, les États-Unis avaient un excédant sain dans leur balance commerciale annuelle. À cause du ralentissement de l’économie et de l’importance des dépenses pour la guerre du Vietnam, le dollar  a commencé à chuté. Le président Français Charles de Gaulle avait perçu les problèmes économiques des États-Unis; il avait en conséquence réclamer que les dettes des États-Unis soient payés en or. La couverture en or du dollar signifiait que chaque État souverain pouvait revendiquer le paiement en or, mais le président américain Richard Nixon avait compris que l’or des États-Unis s’en irait rapidement. Il a donc résilier le Bretton Woods system (le système de couverture pas l’or) qui était valable depuis 1944. En conséquence, les États-Unis ne paient plus leur dette nationale en or mais avec des dollars qui se dévalorisent.

Depuis ce jour d’août 1971, les États-Unis se trouvent dans un état de détérioration continue. Les dettes ont dégénérées et la monnaie s’est effondrée, accompagnée d’un train de vie qui ne se basait plus depuis longtemps sur la productivité mais sur des crédits. Entre 1999 et 2017, le déficit commercial cumulé est près de 12 000 milliards de dollars. Egon Von Greyerz ajoute que peu de personnes comprennent ce que ce montant signifie. Selon lui, on peut sans doute mieux comprendre le déficit commercial de 12 000 milliards de dollars entre 1999 et aujourd’hui si on le mesure avec l’or. Tout l’or qui a pu être exploité dans l’histoire est évalué à peu près à 170 000 tonnes. Si les États-Unis devaient équilibrer vis à vis du reste du monde leurs dépenses et leurs achats inconsidérés  avec de l’or, il leur faudrait 2,7 fois 170 000 tonnes d’or.

Artifice comptable

Au lieu de cela, le gouvernement des États-Unis a trouvé une méthode beaucoup plus commode. Il imprime des morceaux de papier sans valeur en forme de billet de dollars. Les conséquences sont que celui qui détient les dollars ne possède finalement rien en terme de valeur; c’est le résultat qui garantit le système monétaire actuel. « Les gouvernements des banques centrales et les banquiers ont détruit l’économie mondiale par leurs actions de ces 100 dernières années et les masses ne s’en rendent absolument pas compte. […] « Il n’y a aucun moyen d’éviter l’effondrement final d’un boom provoqué par l’expansion du crédit. L’alternative est seulement de savoir si la crise devrait venir plus tôt en raison de l’abandon volontaire de l’expansion du crédit, ou plus tard comme une catastrophe finale et totale du système monétaire impliqué.« 

Après 100 ans d’expérience échelonnée d’expansion du crédit, entraînant des actifs à bulle et du passifs, le monde est désormais confronté à la faillite financière et à «une catastrophe finale et totale du système monétaire». Selon lui, tous les éléments nécessaires sont en place pour que cela se produise. Il ne s’agit que de la durée pendant laquelle les gouvernements et les banques centrales peuvent continuer à tromper les gens avant d’atteindre le jeu final. L’effet du crédit supplémentaire diminue maintenant rapidement car de plus en plus de dollars sont nécessaires pour produire une augmentation d’un dollar du PIB.

Détourner l’attention des problèmes économiques par la guerre

La dernière mesure désespérée pour détourner l’attention de la situation financière désastreuse d’un pays est la guerre. Après moins de 3 mois de pouvoir, Trump a dû recourir à cette option. La plupart de ses tentatives d’exercer le pouvoir présidentiel ont échoué. Toutes ses déclarations selon lesquelles les États-Unis ne seront plus un agresseur ont changé très rapidement après une prétendue attaque d’essence par la Syrie. Le président américain a pris la décision de bombarder la Syrie avant qu’une enquête indépendante n’ait eu lieu. La Russie ne va certainement pas accepter cela et aide maintenant la Syrie à renforcer ses moyens de défense. La Russie envoie également des navires de guerre vers la Méditerranée où il existe déjà des navires de guerre américains. Le ministre britannique des Affaires étrangères a simplement annulé un voyage en Russie et a convenu avec le secrétaire d’État des États-Unis de diriger la route pour sortir la Russie de la Syrie.

C’est une situation extrêmement dangereuse qui pourrait facilement se transformer en un conflit majeur de proportions catastrophiques. Les cycles de guerre dans l’histoire humaine indiquent une escalade des tensions vers une guerre dans les prochaines années. Les cycles de guerre, en règle générale, coïncident avec l’état de l’économie. Avec l’économie mondiale qui est maintenant dans une position pire que n’importe quel temps dans l’histoire, le risque de guerre est au maximal.

Des pays comme le Japon, la Chine, de nombreuses nations européennes et les États-Unis ont des déficits et des dettes croissants qui ne seront jamais remboursés. En 2007-2009, le système financier mondial est presque sous déduction de la dette. Depuis, la dette mondiale a augmenté d’au moins 70%. Aucun des problèmes qui ont causé la Grande crise financière n’a été résolu, ce qui signifie que le risque est maintenant exponentiellement supérieur par rapport à il y a 10 ans. La plupart des dirigeants savent qu’ils ne peuvent pas résoudre l’état désespéré de l’économie et restent au pouvoir. Par conséquent, pour une super puissance comme les États-Unis, il n’y a maintenant que la solution ultime. La solution la plus commode pour un leader qui échoue sur le front de l’économie est de trouver une raison et un bouc émissaire pour détourner l’attention de son pays. Ainsi, allant à l’encontre de tout ce qu’il a promis lors de la campagne électorale, Trump prend maintenant les premières mesures vers un conflit mondial majeur. Pour Egon Von Greyerz, cette guerre n’est pas contre la Syrie mais contre la Russie. Le résultat d’un éventuel conflit à ce niveau est impossible à prévoir; il est selon lui primordial d’être conscients que le risque est plus grand que jamais.

L’or et l’argent – l’assurance ultime dans un monde en faillite

Il est cependant possible de se protéger contre la prochaine crise financière. Cette crise est pratiquement garantie dans les prochaines années. Le conseil le plus avisé de Egon Von Greyerz consiste à préserver la richesse principalement sous la forme d’or physique et d’argent physique en dehors du système bancaire. Guerre ou pas guerre, l’or et l’argent ont terminé de chuter depuis le pic de 2011 et sont maintenant en route vers de nouveaux sommets bien au-dessus des pics précédents. L’or devrait atteindre 10 000 $ et l’argent 500 $. Toutefois il souligne que l’or et l’argent ne doivent pas être considérés comme des investissements, mais comme l’atout de conservation de la richesse le plus important que chacun puisse conserver. Tout au long de l’histoire, pendant toutes les périodes de crise, qu’il s’agisse d’une crise économique comme l’hyperinflation ou géopolitique comme la guerre, l’or et l’argent ont toujours été la meilleure assurance. Il est peu probable que la prochaine période soit une exception à cette règle.

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