2ème tour | les deux lignes de front

Les Français choisiront dimanche 7 mai 2017 le ou la prochain(e) président(e) de la République française . Depuis que le 1er tour de l’élection s’est scellé par l’offre d’un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, deux lignes de front se sont imposées dans l’opinion publique. Le front républicain émerge à nouveau avec l’objectif de faire barrage au nationalisme et le front anti-Macron s’installe avec l’objectif de percer le front républicain en s’opposant à l’image d’Emmanuel Macron. Ce sont deux lignes de front qui ont une conséquence dans le choix présidentiel : le second tour électoral ne se base aucunement sur l’unité national mais sur la peur que peut susciter l’image de son adversaire dans l’opinion publique. L’enjeu de ce second tour repose sur une guerre d’information alimentée par deux lignes de front.

second tour

Le front Républicain | « Ensemble la République! »

MacronEn position de force, Emmanuel Macron a tardé avant de s’impliquer pleinement dans ce second tour en incarnant le porte-drapeau de la République et ainsi faire barrage à Marine Le Pen. Jusqu’à présent son positionnement était ni de gauche et ni de droite; un positionnement d’un centre libéral et progressiste. Forte de 21,3%, Marine Le Pen oblige le candidat d’En Marche à obtenir la plus large victoire dans ce second tour afin d’espérer obtenir une majorité aux législatives. Plus l’écart se réduira et plus il lui sera difficile de gouverner. À la différence du 21 avril 2002, les Français ont été habitué par la possibilité de voir Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Le choc d’avoir un représentant du FN au second tour s’est autant estompé que la présence de Jean-Marie Le Pen sur la scène politique française. Bien qu’Emmanuel Macron n’appelle pas ouvertement au front républicain, il admet que seul le clivage entre progressistes et conservateurs peut limiter la montée de Marine Le Pen.

Le mille-feuille de droite

L’électorat de François Fillon s’est scindé en trois après les résultats du premier tour. En grande partie, les électeurs de François Fillon priorisent la ligne libérale dans leur choix politique : ils suivront sans hésiter Emmanuel Macron. La deuxième partie priorise la ligne conservatrice et suivront Marine Le Pen par opposition au progressisme portée par le candidat d’En Marche. Le reste est résiduel et morcelée dans plusieurs tendances; il représente les abstentionnistes, les indécis et également l’électorat de droite sociale et souverainiste qui s’oppose radicalement à la politique libérale d’Emmanuel Macron et qui se refuse de franchir le front républicain. En raison d’une radicalisation du vote conservateur, il y a dans la droite un réservoir électoral qui trouve ses limites pour Emmanuel Macron; un autre plus important lui est néanmoins tendu à gauche. En effet si celui de Benoit Hamon est de toute évidence conquis, il y a chez les insoumis de Jean-Luc Mélenchon un électorat qui peut être sensible aux questions de progrès sociétaux avec une candidate comme Marine Le Pen au second tour.

L’avant garde de la République

Tout l’enjeu de ce second tour consiste à rallier les progressistes pour renforcer la barrage anti-Marine Le Pen autour de la République. Dans ses meetings, « Emmanuel Macron Président » et « En Marche ! La France » sont alors remplacé par « Ensemble la République ». Ce front progressiste doit se focaliser sur une communication axée dans la lutte contre le nationalisme, la vague brune, l’extrême droite : ce doit être la mise en avant des sujets de sociétés. Si l’on s’intéresse à l’électorat de Jean-Luc Mélenchon; deux parties de celui-ci doivent être bien pris en compte par le candidat d’En Marche. Premièrement, une grande partie priorise leur choix du progressisme sur celui de la défense des acquis sociaux et la nécessité de réformer l’Union Européenne. Ce sont des insoumis qui se mobiliseront facilement contre Marine Le Pen en soutenant Emmanuel Macron. Il sera difficile pour le candidat d’En Marche d’affirmer être « l’opposant à la finance » mais il peut en matière de communication prendre le risque de se positionner sur une ligne du jaurésisme pour rassurer cet électorat. À contrario, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon qui priorise le souverainisme sur le progressisme dans une ligne chevènementiste aura des difficultés à voter pour Emmanuel Macron. C’est pour cette raison que la communication du candidat d’En Marche doit éviter les sujets qui l’éloigneraient de cet électorat tels que l’Europe, l’économie et la fiscalité. Il peut cependant associer les propositions communes  de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen (renégociation des traités européens et sortie de l’OTAN par exemple), non pas au souverainisme mais au nationalisme pour empêcher chez les insoumis des fuites vers des votes pour Marine Le Pen et pour limiter l’abstention ou le vote blanc.

Le nationalisme doit cannibaliser le souverainisme

Il est évident que l’ensemble des fuites électorales vers Marine Le Pen seront probablement anecdotiques chez les insoumis en raison d’une volonté d’affilier le souverainisme au nationalisme tout en alimentant une confrontation entre progressisme et nationalisme.  C’est donc à travers des déplacements à Ouradour-sur-Glanes, au mémoriel de la Shoah qu’il rappelle l’importance de résister à la menace extrémiste qu’il nomme comme étant le nationalisme. Par ailleurs il n’oublie pas qu’il s’apprête sans doute à devenir président de la République et c’est pourquoi il se positionne comme étant celui capable de rassembler tous les Français en s’adressant régulièrement aux « patriotes ». Il utilise par ailleurs des éléments de langages propre à la droite et à l’extrême droite historique (« anti-France ») pour attaquer Marine Le Pen tout en mobilisant progressistes, réformistes et pro-européens dans la lutte contre l’antisémitisme. Sa communication dans ce second tour consiste dans un premier temps à mettre en retrait la question européenne, dans un second temps à associer le vocabulaire du souverainisme à celui du nationalisme et dans un troisième temps à fondre le clivage Europe/nation pour revenir à un clivage droite/gauche essentiellement axée sur la confrontation entre le progressisme et le nationalisme. L’objectif électoral est de mobiliser en sa faveur l’électorat de Jean-Luc Mélenchon.

« Je souhaite dans 15 jours devenir votre président. Le Président de tout le peuple de France, le président des patriotes face à la menace des nationalistes. » – 23 avril 2017

« A la minute où nous auront quitté l’Union Européenne, quitté l’euro, dévalué la monnaie, fermé les frontières, abandonné les alliances, ruiné le crédit du pays, nous n’en sortirons pas indemne. Nous n’en retrouverons pas nos bases et nos forces. Le Front National, c’est le parti de l’anti-France ! » – 1er mai 2017

« Le sens de notre combat, ce sera de retrouver le sel de notre esprit de résistance. Parce que vous le savez comme moi, ils sont là, ce sont eux nos vrais ennemies, puissants, organisés,; habiles, déterminés. Vous les croisez dans les rues, dans les campagnes, sur la toile bien souvent masqués. Aussi haineux que lâches. Vous les connaissez. C’est le parti des agents du désastre, les instruments du pire : l’extrême droite française elle est là. » – 1er mai 2017

  • Positionnement | Progressiste et libéral
  • Enjeu politique | Renforcer le front Républicain et affaiblir le souverainisme
  • Enjeu électoral | Rassembler les progressistes, réformistes et pro-européens contre les conservateurs qui doivent être assimilés au nationalisme.

front républicain

Le front anti-Macron | « Choisir la France! » 

MLPLa candidate porte le nom de famille le plus rebutant de la Vème République; il incarne dans l’opinion publique l’histoire politique de son père. Le front républicain est la barrière que Marine Le Pen ambitionne de percer dans la suite logique de sa stratégie de dé-diabolisation du Front National. Manifestement en difficulté pour réunir plus de 50% des voix dans ce second tour, elle se doit d’être offensive si elle souhaite augmenter sa capacité d’évolution dans la conquête électorale. Il lui faut pour cela un « ennemie » capable de mobiliser les électeurs sur un autre front que celui du front républicain; elle trouvera dans l’image d’Emmanuel Macron tous les ingrédients lui permettant de se positionner dans ce deuxième tour. Le front anti-Macron est la volonté de Marine Le Pen d’imposer un autre clivage qu’est celui de la Nation contre la supra-nation afin de fondre le clivage progressistes contre conservateurs – ce dernier l’empêchant de percer la barrière du front républicain.

La ligne « anti-Macron »

Il est intéressant de constater que sa stratégie est portée sur la lutte contre la personne d’Emmanuel Macron et non sur le néologisme du mondialisme. Ce choix stratégique n’est pas pris à la légère dans la mesure où l’électorat du Front National est depuis la mise en pratique de la ligne Philippot partagée entre perdants et gagnants de la mondialisation. La ligne conservatrice du Front National que Marine Le Pen représente dans cette élection, appartient en grande partie à une classe supérieure qui gagne de la mondialisation. On peut retrouver un électorat semblable chez celui de François Fillon et c’est pourquoi il est plus judicieux pour elle de se positionner sur une ligne « anti-Macron »; celle-ci lui permet de s’adresser aux conservateurs fillonistes souhaitant faire barrage à Emmanuel Macron en raison de visions de société opposées.

La souveraineté nationale

Le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan au rassemblement Bleu Marine marque un tournant historique pour le parti du Front National. C’est la première fois qu’un accord s’effectue à son avantage depuis sa création. La conséquence de ce ralliement ouvre une brèche dans le front républicain en raison d’un électorat susceptible de suivre la démarche du président de Debout La France. Le ralliement de la figure gaulliste Marie-France Garaud est la symbolique de la volonté des souverainistes de droite à prioriser l’objectif politique sur la sauvegarde de l’État-Nation. Dans l’interview du Figaro, l’ancienne  conseillère de Georges Pompidou affirme que « l’enjeu de cette élection présidentielle est la souveraineté française. C’est à dire notre liberté. » Selon elle, Marine Le Pen est la seule à porter cette souveraineté. « Manifestement, elle est la seule à avoir le tempérament pour rétablir la souveraineté de la France. Elle a, je crois, le sens de l’État au point de préserver notre nation. » Si l’alliance entre les positions gaullistes de ces ralliements et les positions pétainistes de certains militant FN sont totalement contradictoires; elle conforte cependant le positionnement de Marine Le Pen : la souveraineté nationale, « Choisir la France! »

La souveraineté nationale appartenant au peuple

Pour envisager un rassemblement plus important et lui permettre de faire face à Emmanuel Macron, elle doit sortir de la logique du clivage progressistes contre nationalistes qui la cantonne derrière le front républicain. L’électorat souverainiste de Jean-Luc Mélenchon est la cible électorale de Marine Le Pen car celle-ci peut lui permettre de créer un front certainement très singulier, mais cohérent si elle se positionne contre l’image d’Emmanuel Macron. « Marine Le Pen est un croisement entre Georges Marchais, Jean-Marie Le Pen et Trump ! » pour reprendre les propos de Daniel Cohn Bendit. Dans cette description, elle représente cette « alliance » où l’extrême gauche et l’extrême droite se retrouve autour d’un tronc commun : l’État-Nation. Ce front anti-Macron consiste à focaliser l’opinion publique sur la perception que les électeurs peuvent avoir sur le candidat d’En Marche. Le portrait d’Emmanuel Macron doit ainsi être un moyen de mobiliser les conservateurs fillonistes contre le « hollandisme », les insoumis contre la loi El Khomeri, les souverainistes de droite et souverainistes de gauche contre la politique pro-européenne; en définitif ce doit être le banquier formé par Jacques Attali, élevé par François Hollande qui porte une politique anti-sociale et anti-État-Nation. C’est la personnification du néologisme du mondialisme que Marine Le Pen pose comme ennemie afin d’unir une large coalition. Ce jeu d’équilibriste qui doit fondre le clivage progressistes contre conservateurs et imposer le clivage État-Nation contre le mondialisme, consiste à s’adresser à la droite traditionnelle à travers les sujets sociétaux ainsi qu’à la gauche sociale à travers les sujets de réformes institutionnelles qui garantissent le référendum d’initiative populaire par exemple, et les sujets qui concernent la défense des acquis sociaux. Ce large électorat représente par polarité la même alliance droite et gauche d’Emmanuel Macron mais autour du principe de la souveraineté nationale. Il est donc primordial pour Marine Le Pen d’établir une colonne vertébrale solide qui peut réunir des électorats si opposés sur les sujets de sociétés et les sujets sociaux : l’État-Nation. Tout l’enjeu pour elle est d’incarner l’État-Nation en étant la candidate du peuple face à son ennemie : Emmanuel Macron.

« Emmanuel Macron est un banquier d’affaires, a-t-elle répété à Nice. Il a le caractère pour cela, l’insensibilité qu’il faut à ce métier. Cette capacité à prendre des décisions dans le seul objectif du profit, de l’accumulation d’argent, sans aucune préoccupation pour les conséquences humaines de ses décisions » – 26 avril 2017

« Aujourd’hui, l’adversaire du peuple français c’est toujours le monde de la finance, mais cette fois il a un nom, il a un parti et il présente sa candidature; et tous rêvent de le voir élu, il s’appelle Emmanuel Macron. » – 1er mai 2017

Le lendemain du débat, Marine Le Pen estime avoir « levé le voile » sur Emmanuel Macron – 04 mai 2017, matinale RMC info.

  • Positionnement | Souverainisme nationale
  • Enjeu politique | Percer le Front républicain
  • Enjeu électoral | Rassembler les souverainistes de gauche et de droite contre les pro-européens qui doivent être assimilés à l’image d’Emmanuel Macron (banquier etc…)

front souverain

Conclusion

Cette élection présidentielle connait l’émergence du clivage entre la nation et l’idée de supra-nation. Celui-ci a été porté en premier par Emmanuel Macron depuis l’officialité de sa candidature lorsqu’il a ambitionné de fondre la clivage droite/gauche au profit d’une Union Européenne forte.. Pour des raisons électorales, Marine Le Pen tente dans ce second tour de compléter ce clivage en incarnant l’État-Nation de gauche et de droite. Symptomatique d’un pays coupé en deux; le clivage droite gauche résiste pour empêcher la prise du pouvoir de Marine Le Pen. La question du progressisme et du conservatisme représente toujours des enjeux politique mais se superpose avec la question qui domine dorénavant l’échiquier politique français : Nation ou Supra-Nation ? Si le camp de la Supra-Nation a trouvé son leader, les cinq prochaines années risquent d’être une guerre de chefs pour incarner l’État-Nation et s’opposer à Emmanuel Macron.

Les programmes des deux candidats

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