Le vote blanc de la Haine

Pour les sympathisants d’Emmanuel Macron, le vote blanc fait le jeu de la « menace fasciste ». Pour les sympathisants de Marine Le Pen, le vote blanc fait le jeu de la « menace mondialiste ». Il aura suffit d’un premier tour électoral pour que les citoyens refusant de prendre parti pour l’un des deux candidats restants, deviennent le porte-voix de la Haine et de l’irresponsabilité politique: « Si vous votez blanc, vous allez le regrettez ! » Stop ! Le vote blanc défend une conviction : le refus de légitimer le ou la prochain(e) président(e) de la République française, en raison de son impuissance politique à rassembler les français. Pris en tenaille, cet acte citoyen est depuis les résultats du premier tour de cette élection présidentielle, victime d’assauts provenant de deux fronts.

Les deux lignes de front incarnent pourtant une vieille bataille à laquelle les débats de fond ont toujours été consciencieusement évités depuis le traité de Maastricht. Que fait-on de la souveraineté nationale appartenant au peuple lorsque le NON du référendum de 2005 pour la constitution européenne est outrageusement trahit par le traité de Lisbonne? Que fait-on de la position politique des représentants ayant fait le choix de la dévaluation interne ? Celle-ci promet de retrouver la compétitivité. En effet, les partis de gouvernements ont préféré la loi Macron, la loi El Khomri, la baisse des acquis sociaux et celle des dotations aux collectivités territoriales au lieu de se référer au droit à la souveraineté. Le désintérêt de la République pour le souverainisme aura conduit au refus catégorique du choix de la dévaluation monétaire; déclenchant par ce désengagement politique l’inévitable destruction du modèle social français. Si l’opposition à la souveraineté nationale appartenant au peuple se justifie dans un contexte de mondialisation; est-ce que les Français ont été consultés pour ce choix là ?

Ces tâche indélébiles rompent le lien entre l’hyper président de la Vème République et le peuple à travers un système électoral qui n’est plus fondé sur l’unité nationale mais sur la peur. La légitimité du président de la République se fissure d’autant plus en raison du non respect du choix du peuple par la voie du référendum ou par l’absence de consultations populaires durant un quinquennat. Longtemps mis de côtés, ces débats sur la souveraineté de la nation et du peuple ont fini par s’imposer de façon caricaturale et grossière en opposant deux candidats n’ayant pas de visages : la Banque ultra-libérale mondialiste, élitiste, déracinée et anti-sociale contre le peuple des sans dents, analphabète, enraciné, patriote et porteur d’idées nauséabondes.

Le souverainisme qu’il soit populaire ou nationale a longtemps été confisqué des débats politiques, économiques et même philosophiques – il a été reclus aux combles des extrémismes entre populisme et obscurantisme. Il était vital de sauvegarder cette lumineuse image du néo-libéralisme et il était primordial de réaliser les État-Unis d’Europe pour y préserver la paix. Aujourd’hui c’est la République qui est en danger, à tort pour les uns et à raison pour les autres. C’est dans ce contexte que le front commun se forme pour faire barrage à Marine Le Pen; c’est la CGT avec le MEDEF, les francs maçons avec les évêques ou encore Robert Hue avec Jacques Attali… Le choix cornélien de ce second tour impose aux électeurs du vote blanc de prioriser autrement leurs positionnements politiques. Alors qu’ils refusent de participer à l’escroquerie intellectuelle et politique que représente ce dilemme, ils sont amené à trahir leurs convictions en faveur de celui ou celle qui réussira à triompher dans l’argumentation de la peur.

Il est clair que le défenseur de la souveraineté populaire peut soutenir le néo-libéralisme pour faire barrage à la souveraineté nationale : c’est le moyen de défendre les valeurs de la République face à la « menace fasciste ». De la même façon, il est clair que le défenseur de la souveraineté nationale peut soutenir le néo-libéralisme pour faire barrage à la souveraineté populaire : c’est le moyen de défendre le pays réel face à la « menace bolchevique ».

Tant que le souverainisme sera condamné à rester aux combles des extrémismes, c’est le néo-libéralisme qui finira par triompher. L’alliance entre souveraineté nationale et souveraineté populaire peut quant à elle proposer aux Français un discours d’unité nationale et populaire. Cette union Proudhonienne est capable de converger vers une politique d’intérêt général et peut rééquilibrer le rapport de force politique, aujourd’hui dominé par le néo-libéralisme. Si le souverainisme est le grand gagnant de cette élection présidentielle; le choix de ce deuxième tour n’a pas réussi à proposer une solution politique d’unité nationale pour une large partie de la population française. Le vote blanc est au final bien plus qu’un refus de légitimer un(e) prochain(e) président(e) de la République française; il est la volonté citoyenne d’imposer aux forces politiques une autre alternative.

« La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce, par voie de ses représentants et par voie du référendum. » Titre De la souveraineté, constitution de la République française.

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